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Jacques Hourdeaux - La Fille de l'autoroute

Version en face B du Petit Garçon et le routier
Version en face B du <em>Petit Garçon et le routier</em> (Jacques Hourdeaux - La Fille de l'autoroute)
Année1979
Auteurs compositeursF. Baxter / G. Delfosse - Jacques Hourdeaux - A. Verchuren
LabelGIP
Référence3043
Durée4 m 53 s
PrésentationCe titre se trouve aussi en face B du "Petit garçon et le routier".
CatégorieDans la programmation générale
Paroles Sur la route, quand les phares s'allument, alors tout
devient un peu irréel, tout est possible. C'est l'heure
où passent les anges, ou les démons.

C'était justement une de ces nuits d'hiver aux approche de Noël. Une de
ces nuits qui tombe tout d'un coup, et qui n'en finit
pas de finir. Je roulais sur l'autoroute nord. Pour me
détendre un peu, j'avais décidé de faire le plein, et
stopper à une station-service. Le temps de passer mes
trois-cents litres de gasoil, j'étais descendu pour me
dégourdir les jambes et essuyer mes feux arrière,
couverts de boue. C'est en remontant dans ma cabine que
je l'ai aperçue.

D'où venait-elle ? Comment était-elle
arrivée là ? Je n'ai jamais pu me l'expliquer, mais elle
y était, à l'autre bout de la banquette, pelotonnée dans
un vieux cabord bleu-marine, un jean délavé moulant ses
longues jambes. Était-elle jolie ou inquiétante, avec ses
longs cheveux mouillés, et ses étrange yeux verts où
roulait parfois une larme silencieuse? Aujourd'hui encore
il m'est impossible de répondre à cela.

« Eh petite, il faut pas rester là hein, je vais repartir, je ne peux pas
t'emmener. » Elle ne répondit pas et serra plus fort
entre ses doigts un jouet en peluche, un petit ours,
borgne, et tout râpé. « Tu m'entends, allez sauve-toi
vite, mon chargement attend. » Je lui pris la main et je
la tirai vers moi. Elle résista. D'autres camions
arrivaient à la station. Il fallait dégager. Je mis en
route et je démarrai.

On a roulé un bon moment. Je la regardai du coin de l'œil du coin de l'œil. Elle ne
bougeait pas. Elle murmurait seulement : « Mon petit,
mon pauvre petit, j'arrive, oui j'arrive. » Et une larme
glissait sur le drap bleu de sa veste. C'est alors que la
gamberge a commencé. Elle sortait d'où cette fille de la
nuit ? Qui l'avait collée dans mon bahut ? Et qu'est-ce
que c'était que cet enfant dont elle parlait ? On lui
avait pris ? Il s'était perdu ou quoi ? Je la détaillai
à la lueur des phares qui venaient en face. Elle était
pâle, et ses longues mains serraient plus fort le petit
ours en peluche. J'essayai d'engager la conversation.
C'était toujours des sanglots : « Mon petit, mon petit.
Je viens oui, je viens. »

Je branchai la radio pour la détendre. Pas de succès. On y parlait que du temps pourri,
de politique et d'un casse dans une banque. Bref le
quotidien. Alors on a roulé en silence pendant des
dizaines et des dizaines de kilomètres. Et le petit
cinéma a continué à tourner dans ma tête.

Le routier, c'est un peu le marin de la route. Comme lui il sait
quand on part, mais jamais quand on rentrera. Il y a
trop de choses qui peuvent modifier son voyage. Alors il
a sa vie, sa vie un peu en marge des autres bonshommes.
S'il est célibataire comme moi, ça n'a pas grande
importance qu'on soit là ou là. Mais s'il est marié il y
a toujours une paimpolaise et des petits moussaillons
qui attendent son retour sur la jetée d'un HLM ou d'un
F4 de banlieue. Alors si c'était ma chance cette fille.
Si c'était le père Noël qui m'avait fait ce cadeau ?
Décrocher, lâcher le cerceau ? M'incorporer dans le
décors ? La télé, les pantoufles, les draps blancs qui
sentent bon ? Le rêve quoi. Avec peut-être en prime un
petit mouflet préfabriqué. C'est à ce moment précis que
la gosse m'a touché le bras. J'ai compris que c'était
fini, qu'on était arrivé. J'ai stoppé. Elle a sauté en
bas de la cabine et je l'ai vue en rase campagne loin de
toute maison se perdre peu à peu dans la nuit. C'est en
redémarrant que j'ai trouvé le petit ours en peluche,
coincé entre les coussins de la banquette. Alors je l'ai
accroché à mon pare-brise comme fétiche.

J'ai souvent refait le parcours depuis, essayé de savoir ce qui avait
pu se passer. Je n'ai jamais rien pu apprendre. Mais
il m'arrive quelque fois le soir, dans la lueur des
phares, de croire reconnaître une petite silhouette
mince qui s'éloigne dans le nuit. Et j'en suis sûr,
c'est elle. Oui c'est bien elle, la fille de l'autoroute.



Paroles en attente d'une autorisation des ayants droit. Nous nous engageons à en retirer l'affichage en cas de demande de leur part.




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Commentaires sur La Fille de l'autoroute

9 commentaires

Décidément, il a un thème et il s'y tient ! (cf "Le petit garçon et le routier " et "Teddy, le chien et les routiers ") (Thanrak, le 29/05/2005 à 22:21:15)

Je parie que Jacques Hourdeaux est routier… ne me demandez pas pourqoui mais je le sens…. mon dieu ce morceau n'en fini pas… (Rambo, le 31/05/2005 à 16:44:26)

Ce titre est en face B du "Petit garçon et le routier", date de 1977 comme indiqué sur le disque Festival SPX 243 et est signé F. Baxter, G. Delfosse, Jacques Hourdeaux et… A. Verchuren (André, le vrai ?…) (Pascalito, le 11/06/2005 à 15:53:32)

On dirait la voix de Claude Dufresne… (maserati, le 31/08/2005 à 22:17:55)

Etant petit j'aurais tant aimé qu'on me raconte une telle histoire avant de m'endormir. (barbecue, le 05/10/2005 à 22:16:22)

"On y parlait que du temps pourri,de politique et d'un casse dans une banque. Bref le quotidien"
Voila une vie rudement trépidente … Vite un vallium ! (sucodolpid, le 12/11/2005 à 16:28:15)

Euh…scusez moi mais je pense que dans la seconde strophe, notre ami jacques "était descendu pour se dégourdir les jambes et essuyer ses feux arrière
couverts de boue". Couverts de poux, ca fait un peu trop science-fiction à mon goût,,:) [Effectivement ;o)] (scaracrabe, le 01/12/2005 à 06:56:26)

… de l'autoroute A6, bien sûr :-) (Obsidian, le 11/01/2006 à 01:38:12)

je baille, on dirait une fausse nouvelle de Cortazar (Jaksche, le 10/05/2006 à 13:27:46)


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